Les prisonnier-e-s de la Sexta
Qu’est-ce que la Sixième (Sexta) Déclaration Zapatiste ?
C’est une proposition politique lancée par l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) à la société civile au Mexique et ailleurs sur la planète. Dans cette déclaration, les zapatistes font le bilan de leur lutte, concluent à la nécessité d’élargir le mouvement à d’autres secteurs de la société et de mettre en oeuvre une nouvelle forme de rencontre et de solidarité des luttes, dans une logique anticapitaliste. Il s’agit d’une proposition organisationnelle qui se confronte aux campagnes électorales et à toute logique électorale. Finalement, la Sixième Déclaration propose une façon inédite de faire la politique, « en bas à gauche ». Des milliers de personnes, groupes et de collectifs au Mexique et dans le monde ont adhéré à cette initiative.
Cependant, la réponse de l’État mexicain à ces luttes a toujours été la répression et la prison. Dès lors, plusieurs campagnes nationales et internationales ont été lancées pour la libération des compagnons et compagnes adhérents à la Sexta. En 2008, divers collectifs, groupes, organisations, peuples et individus ont proposé de lancer la campagne nationale et internationale “Primero Nuestr@s Pres@s” en construisant des alternatives, des actions, afin de continuer la lutte pour leur libération. Le message de cette campagne est clair : aucun compagnon, aucune compagne emprisonné-e pour son combat ne sera abandonné-e ni oublié-e !
« Un coup porté contre l’une ou l’un d’entre nous est un coup porté contre toutes et tous ! »
Certain-e-s prisonnier-e-s ont adhéré à la Sexta alors qu’ils étaient déjà en prison, d’autres avant leur incarcération et d’autres encore ont découvert la Sexta en prison. Cinq sont encore en prison. Actuellement au Mexique, plus particulièrement dans la ville de Mexico, une campagne anti-anarchiste bat son plein. La police agresse systématiquement les blocs anarchistes et libertaires lors des manifestations, comme c’est le cas chaque année le 2 octobre, lors des commémorations du massacre de 1968 à Tlatelolco. Nous avons donc étendu notre soutien aux prisonnier-e-s anarchistes. Ils et elles sont actuellement sept en prison.
Les prisonnier-e-s de la Sexta : où sont-ils, qui sont-ils ?
État d’Oaxaca
Alvaro Sebastian Ramirez est un prisonnier de la région de Loxicha à Oaxaca. Il adhère à la Sexta en 2006 ; depuis, il mène une lutte avec espoir et conviction à l’intérieur de la prison. Alvaro a été condamné à 27 ans de prison pour les délits d’homicide qualifié, tentative d’homicide, terrorisme et conspiration. Alvaro travaillait en tant qu’enseignant et il était aussi engagé dans sa communauté pour l’amélioration des conditions d’éducation et de vie en général ; il a mené avec ses compagnons une lutte pour la défense de la terre contre les caciques et le gouvernement. Il a toujours défendu l’autogouvernance basée sur les « us et coutumes » des Zapotèques, refusant l’ingérence des partis politiques. Álvaro Sebastián Ramírez, est indigène zapotèque et cela fait 18 ans qu’il est privé de sa liberté.
État du Chiapas
Alejandro Díaz Santis fait partie de l’organisation “Los Solidarios de la Voz del Amate”, plus récente et qui est solidaire de La Voz del Amate. Elle est composée de prisonnier-e-s n’ayant pas participé auparavant à des mouvements ou des luttes ; c’est en prison qu’ils se sont organisés et sont devenus militants avec leurs dénonciations et communiqués systématiques. Ils y tracent depuis de nombreuses années une radiographie du système carcéral où devient évident le mépris total de la dignité humaine. Alejandro est indigène Tzotzil originaire de Tsoeptic (municipalité de Mitontic, Chiapas), Díaz Sántiz a été arrêté dans l’état de Veracruz il y a 13 ans, accusé d’homicide, délit qu’il a toujours nié. Díaz Sántiz a été condamné à 29 ans de prison. Et comme dans les autres cas de prisonniers adhérents à la Sexta au Chiapas, sa condamnation résulte d’un procès corrompu dès le début .
État du Guerrero
Máximo Mojica Delgado, Santiago Nazario Lezma et María De los Ángeles Hernández Flores sont des professeurs, ils habitent dans la municipalité de Teloloapan, dans l’État de Guerrero. Maria et Máximo sont des membres actifs de l’Organisation coordinatrice étatique des travailleurs de l’éducation de Guerrero (CETEG). Ils ont aussi participé à la lutte sociale avec l’association Terre et Liberté qui intervient sur les questions du droit au logement. Ils ont été arrêtés le 27 novembre 2008, accusés d’appartenir à un groupe armé.
Solidarité avec les anarchistes incarcéré-e-s à Mexico.
Tandis que les médias de l’État et les médias commerciaux mènent un véritable lynchage médiatique contre les manifestants « violents » et les « anarchistes-casseurs », depuis 2012 à aujourd’hui, le gouvernement fédéral d’Enrique Peña Nieto et celui de la ville de Mexico ont déclenché une véritable persécution contre les mouvements sociaux, en particulier contre les mouvements anarchistes. À ce jour sept compagnon-e-s anarchistes ou liés au mouvement anarchiste se trouvent incarcéré-e-s pour avoir participé à des manifestations, piquets de protestation, actions, etc. Certains ont été condamnés à plus de cinq ans de prison ferme, comme Jorge Mario González García.
Les prisonnier-e-s du 2 octobre 2013*:
Mario Gonzalez est un étudiant âgé de 21 ans, militant anarchiste. Il a été arrêté dans un transport public avec d’autres compagnons, quelques heures avant la manifestation commémorative du 2 octobre * à laquelle il se rendait. Lors de son arrestation, Mario a été torturé par la police (chocs électriques sur tout le corps, fracture du pied…). Mario vient d’être condamné le 10 janvier 2014 à cinq ans et neuf mois de prison pour atteinte à la paix publique et dégâts des biens d’autrui. Les délits d’atteinte à la paix publique ont été montés de toutes pièces pour pouvoir criminaliser son activisme politique et sa pensée anarchiste. Actuellement Mario est dans l’attente de sa prochaine audience en appel.
Un libertaire, Abraham Cortez, et un anti-fasciste, Salvador Reyes ont été arrêtés le 2 octobre 2013 pendant la manifestation commémorant les quarante-cinq ans du massacre de Tlatelolco. Abraham et Salvador ont été accusés d’outrage envers un agent et d’atteinte à la paix publique en bande organisée. Ils se trouvent à la prison Nord de la ville de Mexico où un piquet de protestation a été mis en place à l’extérieur de la prison. Tous les deux sont en détention dans l’attente d’un procès.
Le 2 octobre, d’autres personnes ont aussi été arrêtées. Certaines sont des militants, d’autres se sont simplement rendu à la manifestation, et y ont été arrêtées de façon complètement arbitraire: José Alejandro Bautista Peña, Víctor Efrén Espinoza Calixto, José Daniel Palacios Cruz, Ilia Daniel Infante Trejo, Miguel Adrián Gutiérrez, Iribar Ibinarriaga Ramírez. Luna Flores, elle, a été arrêtée le 10 juin lors d’une autre manifestation et accusée pour des faits remontant au 2 octobre.
Leur détention a donné lieu à un véritable lynchage médiatique. Ils se sont vus accusés d’appartenir à des mouvements anarchistes et traités de voleurs et de casseurs.
Accusés d’outrage envers un agent, d’atteinte à la paix publique en bande organisée et de dégâts matériels, ils et elles sont en attente de leurs procès, sauf Alejandro Bautista qui a été condamné comme Mario Gonzalez à cinq ans et neuf mois de prison ferme.
Les prisonnier-e-s du 13 décembre 2013 :
Luis Fernando Bárcenas, militant libertaire, a été arrêté le 13 décembre 2013, accusé d’avoir brûlé un arbre de noël de Coca-Cola. Il se trouve aussi dans la prison Nord à Mexico, mais à un autre étage que les prisonniers du 2 octobre. Il est dans l’attente d’un procès. Un piquet de protestation a été mis en place à l’extérieur de la prison. Les mardi, jeudi, samedi et dimanche les personnes du piquet vont visiter les prisonniers. Pour pouvoir accéder à la prison, elles se voient extorquer par les matons de dix à vingt pesos par personne, puis elles doivent encore payer dix pesos pour faire entrer la nourriture et lorsque la matonne est de mauvaise humeur c’est vingt pesos.
À l’intérieur les compagnons doivent aussi payer les matons pour pouvoir avoir le droit d’être sur la liste des prisonniers qui reçoivent des visites. Dans le cas de Luis Fernando Bárcenas, celui-ci doit payer en plus dix pesos pour accéder à son dortoir. Les compagnons ont donc commencé à fabriquer des piñatas et des bracelets pour couvrir ces dépenses et soutenir leur famille, car certains étaient soutiens de famille.
Les prisonnier-e-s du 5 janvier 2014 :
Carlos López, Amélie Pelletier et Fallon Poisson
Le 17 février 2014 marquait la fin des quarante jours « d’arraigo » (détention provisoire) décrété par le Procureur Général de la République contre les militants anarchistes Carlos, Amélie et Fallon. Amélie et Fallon sont détenues actuellement dans la prison pour femmes Reclusorio Femenil de Santa Martha. Carlos se trouve dans le Reclusorio Oriente. Il et elles sont accusé-e-s d’avoir lancé le 5 janvier 2014 des pierres et des cocktails molotov sur des installations du Secrétariat de Communications et Transports et sur une concession NISSAN. Les charges retenues contre lui et elles étaient : dégâts matériels, sabotage, délinquance en bande organisée et terrorisme. Cependant, à la fin de « l’arraigo », il et elles ont été relâché-e-s faute de preuves. Mais la Police du District Fédéral (ville de Mexico) les a ensuite remis-e-s en détention pour des accusations de dommages et attaques à la paix publique. Tous les trois sont en attente de leurs procès.
*Le 2 octobre 1968, à quelques jours de l’imposition des Jeux Olympiques, le gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz et son Ministre de l’intérieur, avec l’aide de l’armée, réprimèrent brutalement la révolte étudiante en assassinant plus de 300 personnes et en faisant 700 blessés et plus de 3000 arrestations. Le 2 octobre 2013, une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Mexico commémorait le quarante-cinquième anniversaire du massacre des étudiants en 1968. Une fois de plus, la répression policière fait irruption à cette date. L’usage démesuré de gaz lacrymogène, le lancement aveugle de flash-balls ont laissé derrière eux plus d’une centaine de détenu-e-s et de nombreux blessés.
Nous réaffirmons notre solidarité avec nos compagnes et compagnons emprisonné-e-s, et notre engagement à ne pas les laisser seul-e-s. Comme le disent nos compagnons-es zapatistes : « Ça va être très dur. Nos douleurs ne seront pas moindres en nous ouvrant à ceux qui souffrent par le monde. Le chemin sera plus tortueux. Nous bataillerons. Nous résisterons. Nous lutterons. Nous mourrons peut-être. Mais une, dix, cent, mille fois, toujours nous vaincrons, toujours. »
Les Trois Passants (Libérons-Les !)
Pour plus d’informations sur les prisonnier-e-s de la Sexta et anarchistes au Mexique, vous pouvez vous conecter à : http://liberonsles.wordpress.com/
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